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Lettre à l’influenceur

De part mes milliers de fans ou followers, j’existe, je suis…

Définir l’influence est une gageure, et je ne m’y risquerais pas. Je vais me contenter d’apporter mon propre avis sur la question, basé sur ma propre expérience des réseaux sociaux. Ce que je vais déplier ici n’est en rien universel. C’est un avis qui n’engage que moi.

Quid de la mesure, comment sait-on qui a la plus grosse ?

Nombre d’impressions des tweets, nombre de retweet, nombre de followers, nombres de commentaires sur un article de blog, nombre de pages vues, nombre de partages, tout est bon pour prouver une forme d’influence.

Peut-on mesurer l’influence à l’aune des chiffres ? Difficile à dire, qui plus est sur le web. La plupart de nos « influenceurs » ne sont que de « simples relais » d’une information qu’ils n’ont pas écrits. Jusqu’à quel point sont-ils en phase avec les informations qu’ils rediffusent ? Qu’en pensent-ils vraiment ? Allez savoir ! La plupart d’entre eux ne commentant jamais, ô grand jamais.

Un bon exemple ?

le compte Flashtweet sur Twitter. Qui ne crée rien, ne s’exprime en rien, se contente de relayer, mais s’autoproclame influenceur du fait d’un nombre élèvé de suiveurs. A ce titre, il existe donc un sacré paquet d’influenceurs sur le net. Qu’influencent-ils ? Ca, Dieu seul le sait, et encore…

Prérequis de l’influenceur : se taire

Il faut comprendre notre « influenceur » : donner son avis, son opinion, représente un vrai danger pour sa carrière. Si par hasard un des « membres de sa communauté » n’était pas en phase avec cette opinion, ce serait prendre le risque de perdre un petit bout d’influence. Non. Surtout, ne pas donner d’avis, surtout, ne pas s’engager.

L’article relayé suffira en lui-même, et en cas de problème, il sera toujours temps d’expliquer que sur tel ou tel passage, nous ne sommes pas vraiment d’accord, mais que bon, dans le fond, l’article reste pas mal, il est intéressant de le lire. Notre « influenceur » est un roi de la pirouette.

Dans le sérail des soirées parisiennes, la « lissitude » est de rigueur, il ne faut froisser personne. Non pas par politesse (depuis quand un influenceur se souci-t-il des autres ?), mais bien parce que son image pourrait en souffrir.

Influenceur, pour moi, qui ne suis pas de ces soirées parisiennes, et encore moins des soirées tout court, cela implique une opinion. Un influenceur qui n’a rien à dire, c’est tout, sauf un influenceur (je vois déjà les bras des professionnels leur tomber et rester là, ballants). Et ce n’est pas un nombre de RT, d’abonnés ou autres metrics en vogue qui me feront changer d’avis. Tout juste cela me poussera à être curieux, à regarder ce que dit ou fait cette personne.

Je relaie donc j’influence ?

Si cette personne relais des informations pertinentes, je vais la suivre parce qu’elle remplit bien son rôle de filtre. Mais comment pourrais-je définir si elle est digne d’être suivie pour ses idées quand elle n’en dévoile rien ?? Certes un article peut donner une « tendance », pourtant, même si je ne suis pas influenceur, j’ai aussi une vie, et jouer aux devinettes, bon.

Je ne sais pas pour vous, mais pour ce qui me concerne, c’est une simple question de bon sens ! Être d’accord avec une personne qui ne dit rien ?! Je ne sais pas, je ne me rends pas bien compte.

Les réseaux sont envahis par cette cohorte de « personnalités » en quête de reconnaissance sociale, de ces gens ayant un besoin narcissique de briller en société. Aimez-moi !! Dans l’absolu, pourquoi pas, mais tu es qui, tu dis quoi ?

Avant de savoir si j’aime une glace au chocolat, j’ai besoin de gouter. Ici, c’est pareil. Dis-moi, toi, oui, toi,… toi qui te dit influenceur (ou expert social média en charge du numérique je ne sais pas où, etc, etc…) dans ta bio, toi qui m’expliques que tu es « LE média » à suivre, toi qui m’explique que tu es « LA machine à scoop », fait gouter ton parfum un instant que je vois si j’aime ou si je vais vomir.

Non ? Ah bah désolé alors, je ne vais pas suivre bêtement ce que tu me dis parce que c’est toi. Et encore moins parce que des milliers d’inconnus te suivent. Ceci n’est pas une preuve tangible, tout juste essaies-tu de jouer sur la preuve sociale.

Influence Vs expertise

L’influence est souvent reliée à l’expertise. Or, sur les réseaux sociaux, la plupart des « influenceurs » ne démontrent aucune expertise. Relayer des articles sur un domaine précis ne fait pas l’expert. Il faudrait que chacun s’exprime sur un blog et délivre sa compétence sur son sujet de prédilection. Mais nous en revenons ici à l’idée d’émettre un avis, une opinion, et des risques encourus.

Il est tellement plus facile de faire grimper son compteur de followers par le jeu de la veille et des potes qui rabattent le quidam que de monter à la tribune et oser « mouiller la chemise ». Se voir briller dans le nombre grandissant des followers, tellement plus rassurant.

Le mouvement d’engagement collectif (N.Bordas)

« L’influence, c’est créer un mouvement d’engagement collectif » cette citation est issue du billet de Nicolas Bordas : « Et si nous avions tous un devoir d’influence », et donc, à ce titre, nous sommes donc tous influents, car sur Twitter, nous sommes tous plus ou moins suivis, nous sommes donc toutes et tous à la tête d’un mouvement d’engagement collectif

Dans ce billet, vous pourrez également lire ceci :

« (…) avec l’avènement d’internet et des réseaux sociaux qui permettent à chacun de devenir un leader d’opinion, l’heure n’est plus aux « gourous » de la com et à la manipulation trompeuse de l’opinion, mais à une forme assumée et sincère d’influence positive, pour faire avancer le débat d’idées et permettre l’aboutissement des projets pouvant faire avancer utilement la société. »

Dans l’absolutisme utopique, oui. Dans les faits, non. Nous en sommes même très loin. Beaucoup cache leur réseau pour mieux vanter un pseudo mouvement de masse spontané. Un peu à la façon des « success story » américaine. Partie de rien, cette personne est devenue une icône. Et la marmotte ? Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, sans les autres, personne n’est rien. Absolument rien. Ça, c’est dit.

Continuons sur l’influence et sur le billet de Nicolas Bordas. Plus loin, il est écrit ceci

«(…) Sans influence, sans courant de pensée, sans circulation des idées contradictoires, aucun enrichissement intellectuel n’est possible, aucun projet n’a de chances d’aboutir ». Sans bataille d’influence, l’esclavage dans le monde, ou la peine de mort en France n’aurait pu être aboli. Pour agir, avancer, accomplir ses rêves, il faut convaincre, « emmener » avec soi, « engager » à ses côtés. (…)»

Circulation des idées contradictoire, bataille d’influence, ces deux phrases expriment l’idée d’une opposition, d’un échange. Actuellement, en France, ouvrir un débat contradictoire revient à être catalogué « bad buzz », doux sobriquet dont j’ai été affublé il y a peu. J’ai connu plus charmant, mais au fond, pourquoi pas !

Nous comprenons mieux pour pourquoi la grande majorité des « influenceurs » se contentent dès lors d’unité de valeur mesurable pour définir leur « influence » et mieux se gausser d’en être. Pourtant, dans les faits, nous ne savons rien d’eux. Etrange paradoxe non ?

Question pour l’influenceur

Dis-moi « influenceur », si je demande à ces milliers d’inconnus ce que tu es, ce que tu penses, que vont-ils me répondre ? Sans doute un « je ne sais pas » très poli. Ils enchaineront vite sur le fait que tu relaies de bonnes informations. Mais dis-moi « influenceur », quelle valeur ajoutée apportes-tu à ces informations ?

Dis-moi « influenceur », toi qui relais des articles sur le content marketing, sur l’engagement, des articles expliquant qu’il faut s’engager dans sa communication, qu’il faut donner de soi, que donnes tu toi, en dehors des banalités d’usages type : merci pour « la mention/le rt/le partage », « bonjour » et autres émojis en vogue ?

Tu me conseilles donc d’appliquer des conseils que tu ne saurais pas t’appliquer à toi-même ? Faites ce que je dis, pas ce que je fais ? Et je devrais donc t’accorder ma confiance ? Parce que les autres te suivent ? Dis-moi « influenceur », j’ai l’air si con que ça ??

« Influenceur », je comprends bien que tu te caches derrière ta veille, ton business pourrait ne pas survivre à tes saillies (pour peu que tu es un véritable avis à partager au fond de toi). Oui, je comprends. Je ne cautionne pas, car « le peuple » a besoin de vision, de gens courageux à qui s’identifier, besoin d’avoir des avis divers et variés afin de se forger son avis, afin de faire naitre en lui des idéaux, des envies.

Bon, c’est vrai « influenceur », tu as raison, les idéaux, c’est joli sur les frottons des bâtiments publics, mais ça ne fait pas vendre, et surtout, ce n’est pas avec ça que tu deviendras bankable. Faut que tu paies ta baraque, tes vacances, tes fringues. Je comprends.

Pourtant, il y n’y a pas si longtemps, tu étais Charlie non ? Tu étais là sur tes « time line », vent debout, cocarde en bandoulière, français et fière de l’être, rempart de la liberté d’expression. Tu étais là, tu étais beau dans ton miroir. Étais-tu un simple et lointain reflet de tes idéaux passés ?

Souvent, tu te définis comme « bienveillant ». Mais derrière cela, derrière chacune de tes interventions ce cache un metrics : Klout et engagement. N’étant pas capable de créer de véritables discussions, tu salues tes « amis » par poignées tout au long de la journée. Sur chaque photo, tu mentionnes le maximum de personnes autorisées.

Note : je sais bien, tu le fais parce que ce sont vraiment des amis, puis c’est sympa, entre gens bien, on se marre bien. Aj-je vraiment vraiment l’air si con que cela ?

Et chaque réponse fait grimper tes taux d’engagement, ton klout, ce qui, par voie mécanique, te place comme « influenceur ». Est-elle donc si triste que cela ta vie ? As-tu si peu à offrir que tu en sois obligé d’utiliser de tels subterfuges ?

Tu te sens obligé, « influenceur », de mentionner d’autres personnes de façon récurrente pour bien montrer à tout le monde que tu connais untel ou untel « IRL ». À grand renfort de « mon ami », « on se téléphone asap », et autres artifices. Le quidam doit savoir et comprendre qu’avec toi, il accède un niveau supérieur de la relation sociale. Chez toi, « influenceur », c’est « high level ».

Tu joues l’étonné quand tu apparais enfin dans tel ou tel classement, mais tu t’empresses de remercier toute personne qui viendrait à te féliciter. Faussement modeste, tu ajoutes que tu ne comprends pas bien le classement, mais quand même, ça fait plaisir. Forcément, au bout de la route se trouve la récompense : une citation d’une célébrité de la télé, ou un selfie. Ah le selfie, le Graal !

« Influenceur », j’avoue ne pas comprendre ton « influence ». Les articles que tu sélectionnes ne sont pas dénués d’intérêts. Parfois, vu la cadence à laquelle tu relaies, telle une machine folle, je me demande si tu les as lu. Et si oui, comment fais-tu, toi, pour digérer cette centaine de billets que tu as relayés. Sans doute « influenceur » est tu mieux doté que moi, simple mortel, qui ne possède que la version 1.0 du cerveau humain. Peut-être.

Comme tu le vois « influenceur », je reste une personne simple, une personne qui vit au-delà des frontières du « c’est là que ça passe » parisien. Je reste terre à terre, pragmatique. Simple d’esprit penseras-tu. Peut-être. Cependant, dans toutes les digressions que j’ai pu lire ces dernières semaines au sujet de l’influence, je ne vois rien, non rien, qui de près ou de loin ferait que je puisse m’attacher à toi, t’apporter ma confiance, du crédit.

Dans tout ce que je vois de toi, c’est une personne qui n’est passionnée que par une chose : elle-même. Les autres te servant simplement à te renvoyer une image réconfortante de ce que tu crois être, de ce que tu voudrais être.

Tu ne sais tellement pas t’exprimer par toi-même qu’il te faut utiliser les citations des autres . As-tu donc si peu l’habitude de communiquer avec d’autres être humains ?

Note : j’avais illustré ce passage avec un screenshot, mais j’ai préféré retiré ce dernier. Inutile de focaliser sur un exemple en particulier. Sachez juste que le peseudo influenceur aime à se cacher derrière des citations du type « Mieux vaut se taire que de perdre son temps a discuter avec un ignorant« . Belle preuve d’humilité et d’humanité.

« Influenceur », ne m’en veut pas si je ne souhaite te servir de marche pied, je crois que question escabeau tu es déjà bien outillé. Je préfère passer mon tour, tourner les talons, en m’en aller bavasser avec quelques autres personnes certes bien moins influentes que toi, mais qui, elles, ont un avis, et sont prêtes à échanger, discuter, confronter des points de vue.

C’est sans doute idiot, mais vois-tu, c’est ainsi que je me sens progresser. C’est dans ces échanges que je puise une réflexion, des idées, c’est aussi ce qui me pousse à la remise en question. Pardon, j’utilise sans doute des termes effrayant à ton oreille. Je te prie de bien vouloir m’en excuser. Je sais, c’est violent, je n’aurais pas dû. Mais il faut que tu saches que cela existe. Au-delà des frontières des soirées mondaines, de tes cercles d’influences, il existe une vie, avec des gens étranges.

Des gens qui se parlent, pour de vrai, des conversations qui ne s’arrêtent pas « bonjour tout le monde ». Je sais, c’est bizarre. Sans doute une vieille coutume provinciale. Va savoir. Les gens sont tellement étranges en dehors de Paris. Oui, parfois les gens sont bien étranges en Province.

 

Note :

Bien sûr que vous avez le droit le plus strict de saluer vos amis sur les réseaux, toutefois, quand vos interactions se limitent à cela… Posez-vous les bonnes questions.

Poster 3 fois la même photo, en moins de 10 minutes, en mentionnant systématiquement un maximum de personnes ? Est-ce vraiment utile ?

A vous de chercher et de trouver un équilibre dans ces pratiques plutôt border-line.

 

Note 2 :

Il existe de vrais influenceurs, qui font le job. Je caricature ici le péquin moyen qui tente d’exister aussi médiocrement que possible au travers des réseaux sociaux en tentant de se donner une posture auprès de personne plus médiocre encore que lui même. Ce type de comportement trop nombreux sur la toile me donne encore parfois la nausée, même si j’ai appris en rire.

 

Note 3 :

Vous avez le droit de cavaler après le selfie avec une star, chacun son trip. Faut juste l’assumer… Et là, déjà, si certains l’assument pleinement, ce n’est pas le cas de toutes et tous…

 

Lectures complémentaires sur le sujet de l’influence

  1. http://www.nicolasbordas.fr/archives_posts/et-si-nous-avions-tous-un-devoir-dinfluence
  2. http://www.nicolasbordas.fr/archives_posts/et-si-un-blogueur-repute-tres-influent-etait-un-blogueur-tres-influent
  3. http://right-brain.me/2014/08/28/suis-je-influent-parce-que-populaire-dans-les-medias-sociaux/
  4. http://www.hotwirepr.fr/blog-fr/influence-reseaux-sociaux/
  5. http://maisouvaleweb.fr/influenceurs-du-net/

Mention spéciale, quand trop d’influents tuent l’influence : http://www.reputatiolab.com/2015/09/newedgenight-samsung-invente-leolienne-marketing-ou-lart-de-creer-du-vent/

Pour info, cet article avait été publié sur feu 4h18.com en septembre 2015. J’ai fermé le site, mais eu envie de garder cet article. Je vous le pose donc là.