Uberisation & disruption

Quand l’ancien Monde ne veut pas mourir

Je vais vous livre mon avis, qui n’est pas celui d’un expert politique, d’un je ne sais quoi, juste l’avis d’un type qui mène sa barque dans une société qui perd la boule. Un type aussi normal que vous l’êtes. 

La fin d’une société verticale

Le web bouscule les schémas bien établis d’une société de privilèges en tous genres, d’une société pensée verticalement, d’où les ordres et les modes de pensées partent d’en haut pour venir au « bon peuple » ensuite.

Mais ça, c’était avant. Maintenant, ça change. Et c’est tant mieux. Parce que cette pensée unique devient étouffante. Nous avons besoin d’air, nous avons besoin d’avis, d’opinions, d’échanges. Tout cela pour nous forger nos propres idéaux, nos propres avis.

Sur Twitter, je lisais une intervention qui soulignait que la véritable information ne se trouvait pas sur les médias traditionnels, mais bien sûr les blogs spécialisés, tenus par des férus d’info, des gens pointus, n’hésitant pas à prendre position, à décortiquer les choses.

C’est ce que les journalistes faisaient par le passé. Ce que la majorité ne fait plus. Non pas parce qu’elle ne veut pas, mais bien parce qu’au-dessus d’eux, on pense vente et surtout, on protège son cul. Forcément, ça n’aide pas à sortir des journaux qui envoient du lourd.

Les actionnaires qui tuent

Les industriels ont fait main basse sur la presse, histoire d’être en mesure de contrer à la source toutes les infos qui les gêneraient. Tactiquement, ce n’est pas con. À long terme, c’est la mort de la presse.

Depuis l’arrivée du web, la presse perd du terrain, une érosion lente, certaine, et la chute n’est pas finie. Les journalistes auront beau vociférer contre les blogueurs, rien n’y fera. La façon dont nous nous informons est en mutation. Ils feraient mieux de s’en prendre à leurs actionnaires, à leur rédac’ chef, mais là, il pourraient perdre leur job. Cibler le blogueur, c’est safe.

Chacun peut aujourd’hui mener sa propre veille sur un sujet donné et la relayer auprès de ses cercles. Le fait est que la recommandation sociale est puissante. Quand l’info provient d’un ami, elle jouit d’une aura, d’une cote de confiance qui la rend attrayante, sûre.

Un ami qui me recommande une lecture sur tel ou tel sujet aura mon attention, parce qu’il n’est pas à la solde d’un capitaine d’industrie, le fait que j’aille lire ce qu’il me recommande ne lui rapporte rien. Nous sommes dans le « spirit » du web : partager la bonne info.

Cet ami est et restera toujours soucieux de ne pas m’orienter n’importe où, n’importe comment, question de confiance entre nous. Son plaisir ? Rendre service, partager. Il est un hub de confiance. Dites-moi aujourd’hui quel journal peut se targuer d’une telle réputation ?

Il y a aussi celles et ceux qui créent du contenu, exprime un avis, plus ou moins éclairé. Tous journalistes ? Je ne voudrais pas faire offense à certains professionnels que je respecte profondément, mais quand je vois certains torchons, je me demande à quoi les études et écoles ont bien pu servir.

Donc, il y a tous ces créateurs de contenus, relayés par les uns et les autres. Facebook et Google intègrent cette done avec la mise en place de leur authorship, qui est, en gros, une évaluation de l’autorité d’un auteur.

La libre circulation, la libre pensée, la liberté.

L’information n’est plus verticale. Elle est horizontale. Elle circule librement, sans entrave, sans pression, et se propage comme elle aurait toujours dû le faire.

C’est un premier coup de pioche dans le système pyramidal. Il est à espérer que d’autres viendront. L’uberisation en est un autre, plus violent encore. La société pense et s’organise, peu à peu, autrement. Chacun peut proposer quelque chose à son voisin, un proche, un inconnu.

Internet partageait le savoir, désormais, de plus en plus, il réorganise les sociétés modernes, faisant voler en éclat un système fermé, puant, fait de privilèges ancestraux.

Bien sûr, tout ne va pas changer d’ici à demain. Toutefois, le mouvement est amorcé. Pensez-y, chez vous, pensez-y, quand vous allez créer du contenu, mettre un service en ligne. Le mode grand gourou, s’il trouvera toujours des adeptes, n’est certainement l’avenir.

PS : La vie est histoire de cycle. Après l’uberisation, reviendra l’heure de l’entreprise toute puissante, rassurante, puis reviendra l’uberisation, etc… 

PPS : Nous avons envie de croire les uns en les autres, envie de se filer un coup de main dans une société déshumanisée. Finalement, payer la course à un particulier, dormir chez l’habitant, ce sont, d’une certaine façon, des actes militants. Une façon de refuser l’uniformisation (même si c’est aussi, et surtout, très pratique ^^)

Cet article "Uberisation, un mouvement de fond" a été publié par Stephane Briot