Ethique et marketing, l’impossible mariage.

Boire ou conduire, il faut choisir !

Le marketing et l’éthique, ou le mariage impossible. Allez donc demander à un arracheur d’être honnête quant à la douleur que vous allez ressentir. Vous m’en direz tant.

En même temps, le rôle du marketing, c’est bien de vous vendre une idéologie plus qu’un produit. Et vous êtes, nous sommes toutes et tous des complices consentant. 

Le génie de la publicité

Vous regardez comme moi la télévision, et vous êtes donc soumis à la publicité. Prenez le temps de penser aux slogans qui vous marquent l’esprit.

En marketing, on parle de « promesse », on parle « bénéfices clients », et non de caractéristiques techniques.

Faut dire, c’est chiant les détails techniques. Perso, une bagnole qui fait 110 ou 120 chevaux, hormis à comprendre que l’une est puissante que l’autre, ça ne me dit pas grand-chose, et sur des routes où la vitesse est limitée, j’vous laisse voir l’intérêt de la chose pour la vente. Ce n’est pas vraiment avec cela que vous allez trouver des clients.

Alors, les génies du marketing ont donc eu la bonne idée de tourner cela en « bénéfices clients ».

En informatique, un PC ultra puissant est une machine conçue pour faire tourner les derniers jeux en 3D. Prenez la recette, appliquez là à ce que vous voulez. Ça marche.

Pour le coup, c’est loin d’être con. L’idée étant de traduire en langage courant l’apport d’une caractéristique du produit. Ainsi, même Mme Michu ou Mr Dupont peut « comprendre ».

En revanche, la promesse… Prenons la définition de la chose dans Publicitor (un livre Bibilique sur la pub).

Définition de la promesse en marketing

Promesse (de marque) :
C’est le bénéfice objectif ou subjectif suggéré aux acheteurs par la publicité. Ex. : Evian entretient la jeunesse de votre corps.
Lien vers Publicitor

Franchement, avec tout le respect que je me dois d’avoir pour une marque comme Évian, est-ce qu’avaler des litres d’Évian va me conserver jeune ? Bah, non.

Rien ne m’empêche d’y croire. Et la vérité reste : chaque jour qui passe, je vieillis.

Prenons les cosmétiques. Avec les tonnes de pots de crème, de peintures diverses et variées, d’anti rides, et je ne sais quoi, y’a de quoi croiser des Cléopâtre à tous les coins de rue.

Et bah croyez moi ou non, mais j’dois pas être au bon coin en question. Parce que je croise plus du produit pas frais qu’autre chose. Et sincèrement, pardon mesdames, mais embarrasser un pot de cosmétique, franchement, en tant qu’homme, ça me fait pas bander.

La complicité du consommateur

Messieurs, je ne vous oublie pas ! Si vous pensez trouver la virilité dans un soin Nivea ou la liberté dans un parfum Hugo Boss, je vous souhaite bien du courage. En outre, un costard ne fera jamais de vous un Homme. Encore faut-il savoir le porter.

Un costard à 2.000 boules sur un mec pas assuré, ça pas un caïd. Ça fait juste un mec pas assuré avec un costard à 2.000 balles. Point.

Ce qui est intéressant dans tout cela, c’est la complicité des consommateurs à se laisser berner.

En fait qui voudrait acheter un costume à 2000 balles ?? Si l’on y pense, faut quand même se dire qu’un tel costard, dans le métro, c’est chaud ! Ce n’est donc pas l’habit de Monsieur tout le monde. Et pourtant, combien d’Hommes rêvent un jour de porter un Boss (ou marque équivalente, j’suis pas sectaire).

Heu, à 40 balais, avec ta bedaine, tes épaules tombantes, ton poil terne, et tes yeux de cocker, avec toute la sympathie que j’ai pour toi cher lecteur, ça va pas coller.

Les mecs dans les pubs, leur boulot, c’est de porter ce type de fringues. Musculation, sports, régime diététique qui va bien. Non messieurs, ce n’est pas notre vie.

Et puis pour porter ce type de costume, il faut aussi ce petit truc en plus, cette culture de la langue, l’attitude, l’habitude du bon geste, du porté de corps. Hey, tu portes pas un costume comme un survêtement, tu vois ?

Alors, si quand tu achètes ton Boss, tu penses obtenir tout ça en même temps, tu as le droit.

Le rêve et la réalité, la réalité rêvée

Malheureusement, la réalité mon cher Monsieur, tu sais qu’elle va vite te rattraper, et te revenir pleine gueule comme un boomerang. Oui, quand on fuit la réalité, elle revient toujours remettre les pendules à l’heure.

Qui voudrait acheter « juste le produit », dans les faits ? Personne. Le marketing se joue de nos émotions, avec notre complicité bien aveugle. Le rêve, ça n’a pas de prix.

Et l’éthique, quant à elle, et bien elle est en vacances depuis un moment. Elle vous passe le bonjour d’ailleurs, elle se porte bien, merci pour elle. Sa date de retour ? C’est pas prévu au programme pour le moment.

Finalement, incriminer les marketeurs, alors qu’ils répondent à ce fou besoin de rêves exprimé par le consommateur, à quoi bon ?

Nos actes d’achats sont tout, sauf rationnels. Est-ce que vous téléphonez mieux avec un Apple ou un Samsung ? Non. Pourtant, les plus dingues vous diront que oui, la différence de qualité d’un appareil est meilleure pour l’un (choisissez votre camp, dans les deux sens, ça marche).

D’autres vous diront que telle marque de vêtements est bien mieux que telle autre, que tel biscuit est meilleur que sa « sous marque ». Le tout étant fabriqué sur les mêmes chaines au sein d’une même usine. Une preuve que l’auto suggestion, ça marche. Et pas qu’un peu mon pote !

Ethique le marketing ?

Le marketing n’est pas éthique. Et ce n’est clairement pas son objectif. Dans les faits, oui, ça m’emmerde. Toutefois, le but du marketing est de contribuer à la bonne santé des financières des entreprises, donc des emplois. Non, j’déconne ! Des dividendes des actionnaires.

C’est cru ? Moche ? Défaitiste ? Non, c’est la simple réalité des faits. Cela ne me dérange pas. Pas plus qu’un abruti qui vend de la merde de blog pro à 2.000 balles et se fait passer pour un type bien. Si y’a des cons pour acheter, tant mieux pour lui.

La société d’aujourd’hui est une sorte de matrice dans laquelle tout le monde se ment, se plaint des autres, mais où pas grand monde ne veut se bouger le cul et où chacun attend que l’autre fasse l’effort. Pourquoi pas. Voilà des décennies que c’est ainsi.

Libéréééééé délivrééééééé

Avoir du recul sur tout cela offre une certaine joie, ainsi qu’une certaine liberté d’esprit. Il est terriblement apaisant de se sentir au-delà de ce système et de se sentir libre d’acheter tel ou tel produit, non pour renvoyer l’image attachée au produit, mais par simple plaisir.

Je n’ai pas besoin d’un costume Boss pour me sentir être un Homme. Je n’ai pas besoin d’un « cuir » pour me sentir « rebelle ». Pas besoin de voyager pour me sentir « libre ». Parce que la liberté est avant tout un concept qui existe dans l’esprit de chacun sous la forme que l’on veut.

Pour certains, dépenser des sommes folles est une forme de liberté (lié à leur dépendance pour faire en sorte d’avoir toujours suffisamment sur le compte en banque), et qui peut critiquer ?

Le truc, c’est qu’avant de pouvoir se positionner au-delà des réflexes consuméristes et pouvoir vivre aussi librement que possible dans sa tête, vivre pleinement, en ayant conscience des choix que l’on fait et des raisons pour lesquelles nous les faisons, il faut se donner la peine de s’épanouir au-delà des attentes de la société à notre égard.

Au fait, dans la définition de la « promesse », il est question de suggérer au client… Je vous laisse voir le côté éthique de la chose. Tout est dit.