La peur de l’influence

Depuis toujours nous vivons sous influence. Alors, pourquoi en avoir peur ?

Comme face à toute chose qu’il ne connait pas du tout, ou assez peu, l’être humain fait preuve de méfiance et de crainte.

C’est ce sentiment qui prédomine lorsqu’il est question de l’influence. La confusion est vite faite avec la manipulation, et la méfiance s’installe aussitôt. Au delà de son champ d’aplication marketing, l’influence (liée à la manipulation) reste un élément flou, méconnu et donc, qui fait un peu peur à la grande majorité d’entre nous.

La mécanique est logique, compréhensible, voire même saine, chacun souhaitant conserver sa liberté de penser, son libre arbitre et cette croyance que les choix fait le sont uniquement en fonction de soi-même.

Liberté sous influence

Dans la réalité, les choses sont un peu plus nuancées qu’il n’y parait. D’abord, l’influence n’est pas nécessairement une manipulation malsaine ayant pour dessein de faire de vous un vulgaire pantin à qui l’on ferait faire ce que bon nous semble.

Il ne faut pas nier que ce type de cas existe, dans les sectes ou sur le web, là où certains vous manipulent pour s’en mettre plein les poches en vous promettant monts et merveilles. Plus c’est gros, plus ça semble sympa, plus ça marche ! Il suffit d’utiliser les bons mots et de haïr profondément son prochain. Certain sont ainsi, que voulez-vous, tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir une éducation et/ou de bons amis.

Le dressage de l’humain

L’influence, nous la vivons / subissons (rayez la mention inutile) dès notre arrivée dans ce monde. Enfant, elle s’appelle l’éducation et est exercée sur nous par nos parents, notre famille. Nous apprenons à nous comporter « comme il faut », à « être sages », à être obéissants.

En y regardant de plus près et avec une pointe de cynisme, cela ressemble à du dressage, à une sorte d’apprivoisement. Serions à ce point sauvage qu’il nous faut passer par cette étape ? La question mérite d’être posée.

Le terrorisme des groupes d’influences

Ensuite, à l’adolescence, nous subissons, de plein fouet, l’influence des groupes. Pour appartenir à tel groupe, il faut en adopter les codes, les façons de penser, d’être. Dans le cas contraire, vous pourriez rapidement vous retrouver seul dans votre coin, et être défini comme un être marginal.

J’ai vécu cette aventure du marginal. Je n’avais pas l’intention de me plier à une discipline de groupe qui m’apparaissait comme souvent très stupide. Un exemple ? Il fallait détester et se moquer de telle ou telle personne parce que sa tête ne revenait au chef de bande, ou parce que ses vêtements n’étaient pas ceux à la mode, ou parce qu’elle avait une coupe de cheveux n’étant pas dans l’air du temps, ou parce qu’elle était grosse, maigre, petite, trop grande, bref, tout ce qui était différenciant.

J’ai toujours trouvé ce postulat idiot. Juger une personne sur son apparence physique ou la qualité de ses vêtements, de sa coupe de cheveux où je ne sais quoi. Bien entendu, personne ne s’est jamais intéressé à ce que ces mômes avaient dans la tête, ce qu’ils aimaient ou non. Non, ils étaient les têtes de Turc, point.

Et tant que tel, il devait subir moqueries, coups bas, et autres foudres qui passeraient dans la tête des membres du groupe, pourvu que « le groupe » y trouve matière à se divertir.

L’influence du monde de l’entreprise

Plus tard, à l’âge adulte, ce sont les codes de l’entreprise qu’il nous faut épouser, la pression de hiérarchie, et toutes ses mesquineries, la lutte pour un maigre pouvoir. Tant de chefs dans nos entreprises et si peu de responsables ou de leaders.

Note

Le groupe a toujours besoin d’ennemis pour resserrer ses liens en interne. Dans les sectes, c’est « le monde » qui est l’ennemi. Pour certains vendeurs de formation, c’est « la société » (et l’école) qui fabrique des échecs, les impôts qui ponctionnent honteusement, ce peut être aussi une personne ayant pris position contre les intérêts du groupe.

Cette pression communautaire, cette influence, nous vivons avec, du mieux que nous pouvons, simplement parce que la société humaine est ainsi faite. Nous donnons notre accord pour la subir, sans vraiment comprendre ce que nous subissons et pourquoi nous le subissons.

Nous savons surtout que nous n’avons pas envie de nous retrouver au banc du groupe, seul. Nous acceptons alors cette pression qui nous déforme, avec notre consentement.

Marketing & Influence

Vous trouverez ce fonctionnement partout. Même sur la toile. J’aime à laisser mes lecteurs libres de lire ce qu’ils veulent bien lire. Cela ne m’empêche pas de donner mon avis, sauf bien entendu quand un idiot peureux vient me faire un procès plutôt que discuter entre adultes.

Dans l’apprentissage du blogging, ils sont nombreux à user de petites techniques insidieuses et malsaines pour enfermer leurs lecteurs dans un schéma de pensée unique. Quand on a pas confiance en soi, quand on sait que l’on fait de la merde, tout est bon pour retenir l’internaute. La fin (l’argent) justifie tout.

Depuis mon enfance, de par mon histoire, j’ai rapidement vu la scène qui se déroulait sous mes yeux, sans vraiment comprendre ce qui se tramait en toile de fond, sans vraiment comprendre les mécanismes qui agissaient dans l’ombre.

La Matrice de l’influence

Ce n’est que bien plus tard, à l’âge adulte que j’ai commencé à comprendre, sans pour autant être capable de poser des mots et des théories sur ce que je voyais.

C’est en lisant Robert Cialdini que les choses sont apparues d’une limpide clarté. Dans son ouvrage influence et manipulation (qui me fut offert par Aurélien Amacker dans une maladroite tentative de manipulation, avouez que c’est cocasse, et avec le recul, je trouve ça mignon), dans son ouvrage donc, Cialdini décrit précisément les principaux leviers de manipulation.

En lisant, j’ai compris plusieurs éléments qui m’apparaissent comme fondamentaux pour comprendre la façon dont nous évoluons les uns avec les autres.

La géographie de l’influence

La première, tout est influence. Tout absolument tout. Tout ce que faisons, tout ce que nous disons, influx sur les autres, mais aussi sur nous, notre propre existence. Tout ce que font les autres, tout ce qu’ils disent, influe sur nous d’une façon ou d’une autre.

L’influence est aussi géographique, selon que nous soyons sur tel ou tel point du globe, nos visions et nos ressentis seront différents. Que vous soyez à Paris ou Marseille, les choses ne se passent pas de la même façon.

Nous pouvons donner notre accord pour entendre et accepter, parfois nous pouvons refuser, parfois, certains nous donnent l’impression que nous sommes libres de nos choix alors qu’ils sont en train de nous manipuler pour nous faire dépenser notre argent sans se soucier de notre bien-être.

La lecture de l’ouvrage de Robert Cialdini aura mis des mots sur tout ce que je voyais sans pouvoir me l’expliquer. J’ai compris pourquoi je ne suis jamais resté bien longtemps dans un groupe ou un autre. J’ai longtemps cru, parce que c’est que les autres disaient de moi, que j’étais instable.

Liberté individuelle de penser

J’ai compris que je ne suis pas instable. Au contraire ! J’ai en moi des valeurs qui sont profondément ancrées, et je ne supporte pas quand un groupe veut me faire renier celle-ci pour j’adhère aux siennes. Je n’ai pas envie d’avoir des têtes de Turc, je n’ai pas envie de détester untel ou untel parce que le groupe le décide.

Note

Bien entendu, il est des gens que je ne porte pas dans mon cœur. Pas de façon personnelle, puisque je ne sais pas qui ils sont. Je n’aime pas leur comportement professionnel, social. Et je ne m’en cache pas auprès des intéressés.

Je n’ai pas envie de défendre des positions qui ne sont pas les miennes sous prétexte que le groupe trouve ça normal. Je respecte le groupe, ses choix, ses valeurs, jusqu’à une certaine limite. Tant que je trouve mon équilibre dans le groupe, j’y reste. Quand ce n’est plus le cas, je préfère m’en aller.

J’ai compris plus tard que ce n’était pas moi personnellement qui étais mis au banc, mais le type de comportement qui est le mien. Parce qu’il peut mettre le groupe dans une forme de danger d’implosion.

Lutte d’influence pour le pouvoir

Si peu à peu les membres quittent le groupe, celles et ceux se trouvant en haut de la pyramide vont perdre leur position dominante et le pouvoir, aussi petit soit-il, qui l’accompagne. D’ailleurs, plus la part de pouvoir est mince, plus les Hommes se battent pour l’avoir.

Vous avez la liberté de nommer cela comme bon vous semble. Il n’en demeure pas moins que tout ceci est un jeu d’influence. Le simple fait de le savoir vous protège et vous permet d’évoluer de façon bien plus sereine. Parce qu’alors vous comprenez que ce n’est pas vous, personnellement, qui êtes visé, mais plus ce que vous représentez.

Car en vérité, je vous le demande, et posez-vous la question, qui vous connait vraiment ? Vous-même, et cela s’applique aussi à ma personne, vous ne vous connaissez pas réellement. Que savez-vous des motivations profondes qui vous animent ?

Avec le temps, nous nous sommes construit une image de ce que nous pensons être nous, sous l’influence des mots de nos parents, de notre famille, de nos amis, de nos collègues, de ce que nous pensons être nos croyances

Une vie de pénitence, ça vous branche ?

Prenons un exemple tiré des 4 Accords toltèques (et relu dans d’autres ouvrages, sous diverses formes).

Un jour vous ratez une action, peu importe laquelle. Disons un dessin. Voilà, vous réalisez un dessin et vous le ratez. De ce jour, sous l’influence de votre vision et des mots de vos camarades, de votre professeur, vous allez donner votre accord à la croyance qui dit que vous êtes nul en dessin.

De fait, tout ce que vous pourriez tenter de faire par la suite avec un crayon et une feuille sera voué à l’échec parce que vous avez, un jour, raté un dessin. Vous avez donné votre accord à cette croyance, qui avec le temps va devenir une loi, vous êtes nul en dessin.

Dans votre tête, dans votre cœur, il est inscrit dans le marbre que vous êtes nul en dessin. Il vous sera compliqué de vous en défaire, parce que vous aurez ancré cela en vous, et votre cerveau vivra difficilement une remise en question sur le sujet, ceci en vertu du principe de cohérence.

De façon inconsciente, même en vous concentrant, lorsque vous prendrez désormais un papier et crayon, il vous sera impossible de faire quoi que soit de bon. Vous avez fait d’un simple raté, une croyance, puis une loi, sous l’influence d’autrui.

Vous aimeriez beaucoup faire du dessin, vous aimeriez apprendre, vous auriez tant de choses à dessiner, mais vous êtes nul. Pour un dessin raté, vous allez vous punir toute votre vie, vous priver de retenter d’apprendre. Une vie à vous punir de ne pas dessiner pour un seul dessin raté.

Ceci n’est qu’un exemple parmi tant et tant d’autres qui régissent nos vies au quotidien. Je comprends aisément la crainte que la découverte de tels mécanismes peut engendrer. Il est quelque chose d’effrayant de voir à quel finalement tout ce qui se passe peut avoir des répercussions sur nous, nos actes, nos croyances.

Faut-il avoir peur de l’influence ?

Cependant, être gagné par la peur et la méfiance n’apporte que très rarement de bonnes choses. À mon sens, il est mieux de connaitre les choses pour savoir comment elles agissent, comment nous pourrions les utiliser, tout en nous respectant et en respectant les autres.

Connaitre l’influence ne veut pas dire qu’il faille s’en servir comme des margoulins sans scrupules. Ceci est une question qui se règle entre vous, votre conscience, votre éthique.

Vous pouvez apprendre à mieux connaitre l’influence, sans vous en servir pour manipuler les uns et les autres uniquement dans le but de leur vendre quelque chose. Bien au contraire, vous pouvez connaitre l’influence afin de mieux vendre vos produits aux bonnes personnes, à celles et ceux en ayant vraiment besoin.

Chacun est libre de faire ce que bon (ou moins bon) lui semble. L’influence peut être quelque chose de très positif, tout dépend de la personne qui l’utilise et de la façon dont il souhaite l’utiliser, en pleine conscience.